samedi 14 février 2026

Évolution et effets de sa démographie sur la condition humaine

 14/02/2026

Les schémas qui suivent ainsi que les données factuelles et chiffrées étayant le raisonnement qu’ils illustrent sont de notoriété publique et vérifiables, le plus souvent empruntés à des disciplines scientifiques qui en garantissent le sérieux et l’authenticité.

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Avant-propos

Les propos qui suivent sont déterminants pour la compréhension des raisons pour lesquelles le polyèdre pyramidal y est considéré comme représentatif de la structure de toute société fondée sur l’altérité plus ou moins différenciée de ses membres, comme l’est celle de l’humanité.

Dans sa “Psychologie des foules” (éditions originale Alcan, Paris 1895) Auguste Le Bon écrit :

« Au point de vue de la vérité absolue, un cube, un cercle [une pyramide]* sont des figures géométriques invariables, rigoureusement définies par certaines formules. Au point de vue de notre œil, figurer les objets avec leur forme géométrique exacte serait déformer la nature et la rendre méconnaisable. Si nous supposons un monde dont les habitants ne puissent que copier ou photographier les objets, sans avoir la possibilité de les toucher, ils n’arriveraient que très difficilement à se faire une idée exacte de leur forme. La connaissance de cette forme, accessible seulement à un petit nombre de savants, ne présenterait d’ailleurs qu’un intérêt très faible.

Le philosophe qui étudie les phénomènes sociaux doit avoir présent à l’esprit, qu’à côté de leur valeur théorique ils ont une valeur pratique, et que, au point de vue de l’évolution des civilisations, cette dernière est la seule possédant quelque importance. … Si nous voulons rester dans les limites étroites mais sûres des choses que la science peut connaître, et ne pas errer dans le domaine des conjectures vagues et des vaines hypothèses, il nous faut constater simplement les phénomènes qui nous sont accessibles, et nous borner à cette constatation ».

Aussi brève que puisse être cette énumération, il est pour le moins curieux que le polyèdre pyramidal en soit absentalors que le sociologue émérite qui en est l’auteur, traite de questions concernant des foules dont la représentation la plus communément admise est précisément le polyèdre pyramidal.

Quoi qu’il en soit, les propriétés géométriquement définies d’un cercle, d’un cube, ou du polyèdre pyramidal, ne changent pas avec la vue qu’en a l’observateur ; c’est donc précisément parce que ces propriétés sont par définition immuables, qu’elles peuvent garantir l'objectivité et la pérennité d'une étude de la condition de ses occupants.

Il est donc précisé que pour les besoins d'une telle étude, le volume de la pyramide “sociale“ est quant à lui conventionnellement admis comme représentatif de l'importance en nombre de son peuplement, constitué de l’ensemble de la société dont elle est la figuration, dans l’altérité hiérarchisée de ses membres, telle qu’elle résulte des hasards de la naissance et de l’héritage génétique, social et culturel de chacun d'entre eux, quels que soient les aléas de son existence par la suite.

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Sauf à contester que le polyèdre pyramidal soit représentatif d’une société fondée sur l’interdépendance hiérarchisée de ses membres, comme l’est l’humanité, l’étude de la relation existant entre cette dernière et le caractère pyramidal de sa structure sociale, conduit à s’interroger quant aux raisons pour lesquelles elle est généralement ignorée, négligée, voire niée, tant par la grande majorité des êtres humains que par leurs pouvoirs.



À la recherche d’une réponse à cette question, dont l’importance ne peut être sous-estimée, il est donc prudent de commencer par vérifier en quoi le polyèdre pyramidal est représentatif de cette structure, sans s’égarer dans le mystère d’innombrables pyramides élevées de tous temps et en tous lieux de la planète, bien qu’un tel rapport ne semble pas impossible. Ce serait sinon, flirter avec un ésotérisme incompatible avec l’objectivité que l’auteur se fixe comme règle, ce qui manque le moins à des êtres humains de tous temps dominés par leurs peurs et leurs émotions, étant les certitudes qu’ils tirent de leurs croyances religieuses fondées sur le mystère, et des idéologies les plus diverses en tenant lieu pour de nombreux athées et agnostiques.

Dans une société dont le bonheur trop souvent réduit au confort de celles et ceux qui y prétendent, se mesure à l’aune de sa richesse, notamment matérielle, celle-ci est distribuée à la population selon les hasards de la naissance et de l’héritage génétique, social et culturel de chacunpuis selon les aléas heureux ou malheureux de son existence par la suite. C’est par ces hasards et aléas que la structure sociale de l’humanité est pyramidalisée et que chacun y occupe incontournablement sa place dans une mobilité elle aussi structurellement limitée : à population constante, tout déclassement de l’un de ses occupants entraînant le déplacement d’un autre en sens inverse.

C’est ainsi, que sa croissance démographique garantissant à l’espèce humaine sa mobilité sociale, qu’existent et se creusent depuis toujours les inégalités sociales dont elle souffre. Base et sommet de la pyramide sociale s’éloignant sans cesse l’une de l’autre en raison d’un accroissement incessant de la population humaine et de ses besoins, il en résulte que le développement jusqu’à l’hypertrophie, de l’indissociable “binôme économie/population”  celle-ci conditionnant inéluctablement celle-là voue l’ensemble du vivant sur Terre, à son extinction.


Expression graphique du binôme population/économie et de son évolution

Ou comment les membres de chacune des 3 catégories sociales peuplant la pyramide du même nom, se partagent chacune 1 tiers de la richesse collective.



Répartition de la richesse de la société

par catégories sociales




Telles sont les fondamentales autant que fatales résultantes de la relation entre la condition humaine et le caractère pyramidal de sa structure sociale, avec ou sans intervention divine.

Sachant que richesse et pauvreté existent l’une par l’autre, dans leur relativité – sans riches point de pauvres et réciproquement –, il en découle plus particulièrement que la plus grande honte de l’humanité est la pauvreté absolue d’une large partie de sa populationalors que ce sort n’est pas inéluctable puisque précisément par son caractère absoluelle échappe à sa relativité, en tant que contraire d’une richesse qui quant à elle ne peut être que relative. Cette pauvreté absolue, profonde, extrême… est celle des plus déshérités des humains, qui survivent à la base de la pyramide sociale, là où elle coïncide avec le niveau zéro de sa richesse collective. Avec moins de 2 $ quotidiennement selon la définition de l’ONU à ce jour (années 2020), la situation de ces pauvres profonds est généralement la conséquence d’un manque de formation ou d’instruction pouvant aller jusqu’à l’illettrisme, dans une société qui pénalise l’une comme l’autre. En l’absence du revenu qu’ils devraient tirer de leur travail, ces plus pauvres des pauvres survivent donc d’aides plus ou moins assurées résultant de la charité ou de la solidarité publique, spontanée ou résultant de la redistribution d’une partie de la richesse collective. Et depuis que l’homme existe, le nombre de ces pauvres ne cesse de croître avec ldéveloppement du binôme population-économie, telle que l’illustre à tout moment l’étendue de la base de la pyramide sociale et sa distance par rapport à son sommet.

Or quels savants experts en sciences humaines, ou philanthropes parmi les mieux intentionnésfont-ils mention de ce niveau zéro de la richesse collectivene serait-ce que pour expliquer la permanence de ce véritable tonneau des danaïdes sur lequel butte la révolte aveugle des uns, quand l’immense majorité restante accorde si peu d’attention à la dimension structurelle de sa propre condition.

Lié au fait que si la richesse n’a pas d’autres limites que celles des ressources dont la tirent ceux qui la convoitent, la pauvreté a par contre la sienne, qui est ce niveau Zér0 sous lequel nul ne peut descendre sans être frappé d’exclusion sociale. D’ailleurs, la compassion atteint rarement ce point, considérant que c’est le prix à payer par ceux qui s’y trouvent condamnéspour connaître le bonheur dans l’au-delà. Plus communément, dans l’amalgame entre pauvreté relative et pauvreté absolue, ces pauvres profonds sont incités, avec les autres pauvres, à persister dans la croyance en la mystérieuse autant que miséricordieuse abolition de leur condition ici-bas, alors qu’ils s’y multiplient inexorablement – et structurellement – davantage et plus rapidement que les riches. Mathématiquement, par application des propriétés du polyèdre pyramidal dont nous avons vu ci-dessus que le volume peut conventionnellement indiquer le degré de peuplement, sur 100 humains qui l’occupent 14 sont riches alors que 86 sont pauvres et le resteront, non sans vouer leur descendance à leur propre sort. C’est dans ces conditions que charité et solidarité humaine, privées comme institutionnalisées, leur dispensent de quoi les entretenir dans un état où les entraînent inexorablement et proportionnellement une croissance démographique incessante.

Plutôt que de s’en défendre, confortés dans leur vaine espérance par un progrès scientifique et technique profitant à chacun selon le niveau auquel il se situe dans la pyramide sociale, et par des pouvoirs avant tout soucieux de voir croître l’effectif humain sur lequel ils se fondent et prospèrent, ceux qui vivent à proximité ou au niveau Zér0 de la richesse collective sont entretenus dans la croyance en leurs chances d’y échapper – quand ils ne s’y sont pas résignés – et contribuent ainsi au développement de l’indissociable autant qu’insatiable binôme économie/population. Au point que l’humanité apparaisse, après des millénaires d’un progrès strictement dépendant de sa structure socialeau sens le plus direct du terme, comme un système dont les maîtres sont promis à être submergés par le nombre de leurs esclaves, avant que ces derniers soient remplacés par des robots capables de se reproduire, de se perfectionner, de s’entretenir, et de se diriger dans la plus parfaite discipline ; sans autre besoin que d’être alimentés en énergie, le tout sans poser le moindre problème de gouvernance. Car au-delà du risque alimentaire sur lequel s’est à tort focalisé Malthus – comme il l’a d'ailleurs publiquement reconnu –, ou du manque d’espace vital craint par d’autres prophètes sommairement malthusiens, l’ingouvernabilité croissante de l’humanité, telle qu’elle résulte de sa prolifération, n’est-telle pas démontrée chaque jour par des faits dont le dernier de ceux qui y contribuent et les subissent est informé à jet continu ? Toujours est-il que cette ingouvernabilité apparaît comme le premier des dangers, pour l’humanité elle-même comme pour son habitat et toutes les espèces qui le peuplent avec elle, et que l’explosion de la pyramide sociale mondiale devient la catastrophe à la fois la plus à craindre et la plus probable, si le temps lui en est laissé.

Quelques données en signe d’ultimatum

– Le nombre des riches occupants du sommet de la pyramide sociale mondiale étaient en 2011 de 259 millions environ (3,7 %), alors que la population mondiale était estimée à 7 milliards d’humains, et que celle des pays riches – OCDE – en représentait 18 %, soit 1,18 milliard, riches et pauvres confondus (car il y a aussi des pauvres, et même des pauvres profonds, dans les pays riches).

– Pour le seul continent africain, sa population était estimée à la même époque à 1,1 milliard. Or, De 100 millions en 1900, cette population africaine était passée à environ 275 millions dans les années 1950-1960, puis à 640 millions en 1990 et à 1,4 milliard en 2022 soit 18 % de la population mondiale. Et depuis 1950, les projections de l’ONU à 30 ou 50 ans – qui se sont toujours révélées fiables – la population de l’Afrique subsaharienne uniquement pourrait être à la fin du siècle de 3 milliards d’habitants. Et selon sa projection démographique intermédiaire, tenant compte des scénari moyens d’évolution prévue – principalement de la mortalité, de la fécondité et de la structure par âge, dans les années 2050 –, la population de l’Afrique se situerait aux environs de 2,5 milliards puis – projection beaucoup plus incertaine – vers 4,4 milliards en 2100.

– S’agissant de la prolifération humaine et de son vieillissement, tels qu’ils sont promis à augmenter encore… si la nature leur en laisse le temps :

– Croissance de la population humaine mondiale :

  • 250 millions d’individus en l’an 1 de notre ère, à :

  • 1 milliard en 1800

  • 8 milliards en 2022

  • 11 milliards et davantage au début du prochain siècle

  • + 14 % au cours des seules 20 dernières années.

– Augmentation de l’espérance de vie humaine en 2 000 ans :

  • Au début de notre ère : Une vingtaine d’années.

  • En 1800 : Encore inférieure à 25 ans.

  • En 2020 : 80 ans, boostée par le progrès scientifique et technique, et en particulier l'aténuation des effets de la loi de sélection naturelle sur sa mortalité infantile et son vieillissement, depuis la première révolution industrielle.

  • 90 ans pour 2030.


Aura-t-il fallu des millénaires après le triomphe du monothéisme biblique, pour que l’homme réalise à quel point sont catastrophiques les conséquences de l’obscurantisme sur lequel son espèce s’obstine à prospérer – civilisation occidentale en tête ? Ou son imprévoyance démographique l’a-t-elle trahi, jusqu’à ce qu’en pâtisse son habitat et toute la vie qui le peuple avec elle ?

À moins que ce soient les codificateurs de ses croyances religieuses, à qui il reste l’exégèse, ne serait-ce que pour lever leur dogme (sur)nataliste, puisque c’est par lui que les êtres humains ont été portés à l’irrespect de leur environnement ; préférant à leur bien-être durable, la puissance aveugle de leur nombre, avec la complicité d’un pouvoir scientifique en mal de discernement, voire de conscience.

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Les êtres humains, qui s’avèrent être à la fois instigateurs, victimes et prisonniers d’une mystification leur donnant à croire en l’illusoire disparition d’inégalités sociales structurelles, dont la pyramide sociale est la représentation pourtant connue et admise par le plus grand nombre d’entre eux, seront-ils capables d’en tirer à temps les conséquences ?

mardi 23 décembre 2025

Méthodologie II - Schémas


Article révisé le 30/12/2025


Les schémas présentés dans les pages qui suivent, assortis chacun d’un bref commentaire, illustrent la “logique déductive” ayant conduit à la théorie de la pyramidologie sociale.


        Figure 1


La pyramide sociale est représentée ci-dessus dans sa définition géométrique, fondamentale et universelle, née de la structure sociale élémentaire qu’est la famille, avec à son sommet le chef, généralement le patriarche sous l’autorité duquel se situent, par ordre décroissant d’ancienneté et de pouvoir, l'ensemble de ceux qui la composent : l’aïeul – ou l’aïeule dans le cas du matriarcat –, ses enfants, ses petits-enfants, etc. jusqu’à sa disparition, ou son incapacité, et son remplacement par son successeur le plus apte à lui succéder, selon les critères en usage dans chaque collectivité observée ; traditionnellement : âge, expérience et sagesse ; histoire et hauts faits personnels ; richesse, le plus souvent exprimée par l'importance de la propriété foncière, du cheptel, ... hérédité, cooptation, élection...

Puis la richesse financière étant devenues le premier signe du pouvoir, dans un monde toujours plus matérialiste, le sommet de la pyramide sociale est occupé par le plus fortuné de ses occupants. Sa domination et l’autorité qu’elle lui confère, s’étendent, à partir de cette position dominante, sur la population totale de la pyramide, laquelle peut être segmentée en allant de haut en bas, en strates de moins en moins riches, jusqu’aux plus pauvres d’entre eux qui en occupent la base.



Nota – Dans le but d’une simplification communément pratiquée, la pyramide sociale sera dorénavant réduite à l’image en deux dimensions d’un triangle, comme la sphère peut l’être à sa circonférence.
Par ailleurs, le raisonnement proposé étant d’ordre fondamental et général, il se satisfera de représentations lissées, exemptes du crénelage qu'entraîne la multiplication des critères selon lesquels peuvent être répartis ses occupants, au-delà de leur regroupement en quelques grandes catégories, déterminées par la richesse de chacun.


        Figure 2

Arbitrairement, ce schéma veut illustrer la situation dans laquelle une infime minorité de riches accapare une part abusivement disproportionnée de la richesse globale de la société. Ni leur nombre, ni la part exacte de la richesse collective qu’ils détiennent étant précisés,  des d'appréciations partisanes, requiérent des considérations et calculs objectifs pour être prises au sérieux.

Quoi qu'il en soit, étant admis par convention, que le volume total de la pyramide sociale soit représentatif du nombre total de ses occupants – de toutes conditions –, le sommet de la pyramide sociale apparaît peuplé d’une petite minorité de possédants, occupant à son apex un volume réduit de la pyramide, par comparaison avec la multitude des moins riches ou plus pauvres qu’eux, d'autant plus nombreux que leur positionnement se rapproche de sa base.


        Figure 3


Au même niveau général d'observation que dans le schéma précédent, celui-ci illustre la loi ou principe de Pareto, selon lesquels environ 80 % de la richesse d’une population sont détenus par 20 % de ses membres.


Nous verrons que c'est l’application – induite – de ce principe, ou loi, de Pareto à une population se caractérisant par le caractère pyramidal de sa structure sociale, qui introduit une “troisième dimension” – étrangement négligée ou trop sommairement évoquée en sociologie, économie, démographie, etc. dans la répartition de la richesse collective de la société en fonction de sa segmentation en catégories, différenciées par l'importance de leur richesse matérielle respective.

 

        Figure 4


Autant pour éviter le manque d’objectivité d'une partition telle que celle du schéma 2, que pour étendre et préciser l’application du principe de Pareto à l’ensemble de la société et à son évolution, l’idée est ici d’associer à la pyramide sociale une échelle de sa richesse matérielle. La logique lui attribuant comme point le plus bas, le niveau Zér0 – inamovible – coïncidant avec la base de la pyramide sociale, occupée par les plus pauvres des pauvres, et comme point culminant, le sommet de la même pyramide sociale, s'élevant sans cesse, avec la croissance de sa population totale et de sa richesse commune, augmentant elle aussi sans cesse, avec le développement économique et les profits résultant de la satisfaction de ses besoins.


Est en outre ainsi démontré, le principe selon lequel, si la croissance de la richesse n’a pas d’autre limites que celles de l’ambition et des ressources dont la tirent ceux qui la convoitent, la pauvreté a la sienne qu’est le niveau Zér0 de la richesse, au-dessous duquel règne l’inexistence sociale.

Telles sont les premières représentations graphiques par lesquelles le niveau de richesse de chacun des occupants de la pyramide sociale – comme de son segment d’appartenance –, peuvent être directement lus sur l’échelle de richesse collective de la société et réciproquement. C'est ainsi, sans parti-pris sociopolitique, que cette échelle évite l'imprécision de coefficients et indices décimaux et linéaires habituellement utilisés, dans l'ignorance, l'oubli, voir le déni, de la troisième dimension que confère à la société humaine sa structure pyramidale.


Nota : Ce qu’il y a lieu d’entendre par richesse collective de la société, ainsi que ce qui différencie objectivement le “riche” du “pauvre”, et inversement, fera l’objet du prochain chapitre du présent ouvrage.



        Figure 5


Le couplage de l’échelle de richesse collective de la société avec la représentation pyramidale de cette dernière, met en évidence ce qui résulte de l’extension du plan médian horizontal de l’échelle de richesse au volume de la pyramide,  divisant celle-ci en deux parties – haute et basse –, équivalentes en termes de répartition de la richesse globale – 5o% en dessous, 50/% au-dessous –, mais par contre amplement différenciées par le nombre d'occupants de chacune des 2 parties de la société ainsi mesurable en effectifs, dès lors que sa population totale est connue.

C’est précisément l’objet de la pyramidologie sociale de vérifier et préciser autant que possible, la réalité incontournable d’un tel état de faits, en recourant aux propriétés du polyèdre pyramidal, dont il a déja été dit que son volume peut, par convention, représenter à tous moments la population évolutive.


        Figure 6

Rappel des propriétés géométriques du polyèdre pyramidal


        Figure 7


Comme représenté par la figure n° 5, le plan médian horizontal divisant en deux parties égales l’échelle de richesse associée à la pyramide sociale, cette dernière est coupée en deux parties superposées s’il est prolongé. La partie haute conserve son caractère pyramidal alors que l’autre est faite d’un tronc de pyramide incluant sa base. Or ces deux parties ne sont pas égales en volume, donc en peuplement, puisque ce volume est conventionnellement représentatif de la population de ses occupants.

Par application du même raisonnement, le schéma ci-dessus, permettant de calculer le volume du polyèdre pyramidal, aussi bien que celui du tronc de pyramide, le volume de chaque partie peut être précisé, en pourcentage de celui de la pyramide sociale dont ils sont les 2 parties complémentaires, puis en nombre, dès lors que le peuplement total de la pyramide est connu.

C’est ainsi qu’il est possible d'affirmer que, structurellement, 50 % de la richesse collective de la pyramide sociale sont répartis entre les occupants de sa moitié haute, représentant 14 % de sa population totaleles riches –, alors que les 86 % complémentaires de la population totale – les pauvres –, se partagent l’autre moitié.

Il en résulte aussi que par un calcul simple empruntant les mêmes propriétés du polyèdre pyramidal, il est permis de connaître la partition en pourcentages de toute population humaine, en pauvres – 86 % – et riches – 14 %, les uns et les autres se partageant respectivement la moitié de leur richesse collective.

Par application de ces pourcentages, il est aussi possible de connaître la répartition, en pourcentage et en nombre, de tout autre type de richesse que la richesse matérielle, sachant que l'altérité humaine est aussi faite de ses innombrables autres types de richesses.

Il en découle aussi, qu'à population totale constante, tout déclassement d'un occupant de la pyramide sociale dans un sens a pour effet le déclassement d'un autre occupant en sens inverse. D’où l'influence considérable de la croissance démographique humaine sur la mobilité sociale, et les inégalités du même nom.


        Figure 8


Le même calcul que celui afférent au schéma 7, appliqué à la pyramide sociale dont la population est segmentée en 3 catégories (riches, classes moyenne et pauvres) au lieu de 2 (riches et pauvres), permet de déterminer le pourcentage de la population de chacune de ces catégories, face à la part de richesse (1/3) dont chacune est structurellement détentrice.

Rappel - La notion de classe moyenne sera abordée dans le prochain chapitre, proposant préalablement une définition de la richesse comme de la pauvreté.


Quelle que soit la population de la pyramide sociale et l'époque à laquelle elle est observée, il est donc possible de connaître sa répartition objective, par simple application des propriétés du polyèdre pyramidal. Il en est ainsi dans la figure ci-dessous, concernant la population humaine telle qu'estimée avoir été celle de la planète au début de notre ère.



        Figure 9



        Figure 10


Le schéma ci-après fait état du dénombrement par catégories sociales de la population humaine en l'an 2000, de la même manière que pour l'an 1 de notre ère à la figure précédente.



        Figure 11


Le schéma ci-dessous représente les pyramides sociales des 2 figures précédentes, à l'échelle d'une richesse leur étant commune, ayant constamment prospérée jusqu'aux révolutions industrielles des 18ème et 19ème siècles, en suivant l'augmentation constante de la population et des fruits de ses activités, elles-mêmes en développement permanent, pour satisfaire ses besoins, avec l'aide du progrès scientifique dont les révolutions industrielles successives ont été porteuses 





        Figure 12

Ce schéma peut alimenter la réflexion concernant l'incidence sociale de la croissance et de la décroissance économique, trop souvent sommairement réduite à leurs conséquences environnementales.



Y est exprimé, à population constante, ce qui en résulte pour chaque catégorie sociale, quant à son enrichissement ou à son appauvrissement, rapporté à la proportion de la population totale de chaque catégorie sociale.


        Figure 13


Courbe d'évolution de la population mondiale
sur 2 millénaires   Source ONU (1960)



La courbe ci-dessus explique à la fois l'ampleur et la rapidité avec lesquelle l'humanité a dû réagir à tous égards – mais spécialement en matière sociale –, aux bouleverements considérables qu'a pu engendrer, en moins d'un siècle, la multiplication par 10 de la population  humaine et de sa richesse collective.  

lundi 22 décembre 2025

Méthodologie I - Arguments et fondamentaux

 Article Révisé le 30/12/2025






Rappel - Les données factuelles et chiffrées ci-après, sont empruntées à des disciplines scientifiques, tant en ce qui concerne les propriétés du polyèdre pyramidal que pour toutes références notamment démographiques, sociologiques, statistiques…



Le polyèdre pyramidal représente communément l’organisation de la société humaine aux yeux du plus grand nombre de ses observateurs, n’en déplaise aux inconditionnels d’une particularité de l’espèce qui ne saurait s’en accommoder, en raison des inégalités qu’elle exprime. Tout n’est-il pas soumis aux relations d’interdépendance hiérarchisée qui s’y créent, y règnent et y perdurent envers et contre tout ; la famille – par laquelle se « perpétuent par voie de génération “La Vie et ses problèmes” (Jean ROSTAND 1939) –, en ayant été le premier exemple et la créatrice de toutes celles qui ont suivies ?

Quoi qu’il en soit, ce modèle s’est ensuite imposé à des groupes de plus en plus nombreux, nés de la multiplication des individus dans une situation où n’a jamais fait que changer d’échelle leur lutte pour la conquête et la préservation de territoires et de ressources nécessaires à leur survie et à leur développement. C’est ainsi que s’est développée et renforcée la pyramide sociale de l’humanité que nous connaissons ; dans l’altérité et la diversité de la population qui l’habite.

Si dans un premier temps l’expérience, la taille, la force, le talent ainsi que des facultés intellectuelles à la mesure des problèmes de chaque époque ont pu suffire pour gouverner des populations peu nombreuses occupant des espaces limités, la complexification de leurs rapports a crue avec leur nombre, dans l’altérité sans limite de chacun de leurs membres. D’où la répartition des responsabilités et des tâches de chacun de ceux-ci, selon leurs nécessités, leurs aspirations et leurs capacités individuelles. S’est ainsi progressivement consolidé ce réseau de dépendances et d’interdépendances caractérisant la vie sociale. Mais les groupes se multipliant et s’éloignant à tous égards les uns des autres pour l’occupation d’espaces toujours plus vastes, les liens familiaux, claniques, tribaux , se sont distendus ; des relations toujours plus compliquées se sont tissées, alors que naissaient et se développaient parallèlement, au service de l’homme, des moyens techniques puis scientifiques toujours plus sophistiqués.

Après avoir vécu dans la même précarité que les représentants des autres espèces peuplant la planète, et pratiqué le partage de ce qui était nécessaire à leur subsistance, selon des lois qui devaient tout à la nécessité et à l’instinct, s’est manifestée puis développée chez les humains infiniment plus que chez les autres espèces, la notion d’échange. D’abord troc, celui-ci évolue en commerce avec l’invention de ses facilitateurs que demeurent les monnaies et le crédit, qui favorisent l’épargne ; d’où le capital, dont il n’est pas exagéré de dire qu’il est devenu le premier instrument de tous les pouvoirs – y compris lorsqu’il arrive qu’il soit honni dans un idéal de partage et d’équité, ou corrompu par la cupidité et la jalousie. Quoi qu’il en soit là encore, la fonction économique de l’être humain devient omniprésente, répondant en cela à des nécessités de production et d’organisation croissant avec la population et ses besoins. Les notions de richesse et de pauvreté matérielles comparées se manifestent et se renforcent par la multiplication et l’accumulation de ces richesses, telles que résultant de leur industrie, pour aboutir à des différences individuelles de statut social, s’exprimant par l’importance des avoirs et des niveaux plus ou moins élevé des conditions de vie de chacun . Rockfeller, qui savait de quoi il parlait, a dit que l’économie a été une invention de l’humanité, et il avait raison.

Au point que la productivité de la société a augmentée et continue de le faire de manière exponentielle avec la multiplication de la main d’œuvre puis la mécanisation et l’industrialisation des tâches. Par le jeu de l’investissement et du réinvestissement systématique d’une partie de ses profits, l’humanité augmente et modernise toujours plus ses moyens ; accroissant d’autant ses richesses, non sans conflits entre intérêts collectifs et individuels.

Aussi peu enclins au partage que la plupart des autres animaux, les hommes peuvent faire preuve, contrairement à ces derniers, d’une avidité sans limites ; se faisant les premiers prédateurs de leur environnement et des ressources, renouvelables ou non, qu’il leur offre, en dépit des conséquences pourtant prévisibles d’un tel comportement qu’ont tenté d’analyser et de comprendre de tous temps bien des penseurs1.

Un tel résumé ne contredit en rien l’existence de formes de société plus ou moins agitées par les inégalités de richesse se compliquant de différences transversales telles que de sexes, de générations, de couleurs, d’ethnies, etc. mêlées à des croyances, des idéologies, des considérations sociales et sociétales, ayant pu masquer des inégalités de richesse parfois considérables et expliquer les exigences d’un partage plus équitable de la part des moins favorisés par l’existence.

Autorité, pouvoirs, esprit de lucre, ont pu ou peuvent être plus diffus, souvent à l’état embryonnaire aussi bien que de vestiges, chez des humains primitifs ou de nombreuses autres espèces animales où règnent cependant des formes d’interdépendance, de dépendance et de domination ; même quand leur pyramide sociale est simplifiée à l’extrême et qu’y prévalent des formes de pouvoir bien éloignées de celles que connaît l’homme moderne, comme c’est le cas dans la ruche ou la fourmilière.

Il est toutefois remarquable que toujours, une population s’organise et ses activités s’exercent prioritairement au service de sa subsistance pour les plus primitives, et plus largement de son économie, pour l’humanité entière.

N’est-ce pas la raison pour laquelle l’homme est considéré comme la première richesse de la société à laquelle il appartient ? N’était-il pas de richesse que d’homme pour Jean Bodin, comme encore pour nombre d’experts en économie et autres sciences humaines  ? N’est-ce pas alors affirmer la relation directe existant entre population et richesse, ayant présidé à leur croissance conjointe, accélérée au cours des deux derniers siècles par le progrès technique et scientifique ? « … tout être humain est, avant toute autre activité ou toute autre opinion, un consommateur » a écrit Gaston Bouthoul2, ce que satisfait son autre fonction de producteur, les deux en faisant l’agent économique de l’indissociable “binôme économie-population”, dont l’histoire se confond avec celle de l’humanité.

Ce qui différencie l’homme des autres représentants de son espèce, est le degré de conscience qu’il a de lui-même, allant bien au-delà de l’instinct. Mais il est un autre critère de différenciation, de portée à la fois économique, sociale et écologique. L’homme, animé de cette pulsion jamais assouvie d’améliorer sa condition, ajoute aux besoins vitaux que lui impose la nature, ceux de sa propre invention. Il se fait le producteur de biens nécessaires à leur satisfaction, en puisant sans retenue dans ce que lui offre son habitat et c’est ainsi que homo œconomicus s’avère être, à des fins tant individuelles que collectives, une unité de consommation bien avant sa naissance, puis de production dès qu’il est en âge de travailler, et même après sa mort ; la prospérité des marchés du prénatal et du funéraire en atteste. Micromoteur économique en permanence actionné par ce besoin inné et incessant d’améliorer son sort, l’être humain sert et stimule le progrès par son inventivité, en une spirale le portant à créer et produire toujours plus, avec toutes conséquences sur son environnement, que ce soit en termes d’exploitation des ressources de la Terre – et peut-être un jour d’autres planètes –, ou d’accumulation des déchets de sa production comme de sa consommation. « Toutes les choses que nous consommons sont en effet des créations du travail humain, et même celles que nous jugeons en général les plus “naturelles”, comme le blé, les pommes de terre ou les fruits. Le blé a été créé par une lente sélection de certaines graminées ; il est si peu “naturel” que si nous le livrons à la concurrence des vraies plantes naturelles il est immédiatement battu et chassé. Si l’humanité disparaissait de la surface du sol, le blé disparaîtrait moins d’un quart de siècle après elle ; et il en serait de même de toutes nos plantes “cultivées”, de nos arbres fruitiers et de nos bêtes de boucherie ; toutes ces créations de l’homme [ne vivent, telles que nous les connaissons et les consommons],ne subsistent que parce que nous les défendons contre la nature ; elles valent pour l’homme, mais elles ne valent que par l’homme. À plus forte raison les objets manufacturés, des textiles au papier et des montres aux postes de radio, qui sont des produits artificiels, créés par le seul travail de l’homme. Qu’en conclure sinon que l’homme est un être vivant étrange, dont les besoins sont en total désaccord avec la planète où il vit ? Pour le bien comprendre, il faut d’abord comparer l’homme aux animaux, et même aux plus évolués dans la hiérarchie biologique : un mammifère, cheval, chien ou chat, peut se satisfaire des seuls produits naturels : un chat qui a faim ne met rien au-dessus d’une souris, un chien, rien au-dessus d’un lièvre, un cheval, rien au-dessus de l’herbe. Et dès qu’ils sont rassasiés de nourriture, aucun d’eux ne cherchera à se procurer un vêtement, une montre, une pipe ou un poste de radio, L’homme seul à des besoins non naturels. Et ces besoins [qui] sont immenses [,croissent avec la population] »3.

C’est dans ces conditions, qu’avec l’aide d’un progrès scientifique et technique leur ayant permis de s’affranchir dans une large mesure des effets de la loi de sélection naturelle, les êtres humains toujours plus nombreux et dont la durée de vie a constamment augmentée, se sont affirmés comme les premiers prédateurs d’un environnement qu’ils exploitent pour créer d’innombrables courants d’échanges qui, outre la satisfaction de leurs besoins, les enrichissent individuellement et collectivement, jusqu’à la démesure pour certains d’entre eux et pour leur ensemble.

Que ce soit sous forme de productions non consommées (stocks) ; de capitaux non immédiatement réinvestis ; d’infrastructures, équipements et outils utiles à l’exercice de leurs activités et à l’amélioration constante de leurs conditions d’existence ; de biens les plus divers comptant à un patrimoine commun tant matériel qu’immatériel, l’homme crée incessamment par son imagination et son industrie, une richesse collective qui s’est accumulée et croît au fil du temps, par le travail et les investissements de ceux qui y contribuent toujours plus nombreux, aidés par les sciences et les techniques.

Nous reviendrons sur cette richesse globale, pour paramétrer la pyramide sociale, mais sa relation avec le nombre ainsi que la répartition de ceux qui l’habitent, à des niveaux résultant de celui de leur richesse, ou de leur pauvreté, peut d’ores et déjà être établie.

Comme déjà souligné, bien qu’universellement reconnue comme le parfait symbole de toute organisation hiérarchisée par l’interdépendance de ses membres, la pyramide est souvent contestée lorsqu’elle veut représenter la société humaine et les interrelations qui y règnent. Est-ce parce que la richesse s’y répartit à l’inverse de ses proportions ? Est-ce en raison d’un réalisme qui heurte l’esprit, tant la différence de condition des uns et des autres y est mise en évidence ? Est-ce par ce qu’elle met en cause le fait que pouvoirs et prospérité ont pour soubassements sujétion et pauvreté ? Est-ce parce que le pragmatisme d’une telle figure ne laisse aucune place à l’utopie égalitaire, voire égalitariste ? Est-ce parce que « ce modèle décrit sous l’apparence d’expliquer » (Pierre Bourdieu) ? Toujours est-il qu’illustrant parfaitement une situation dans laquelle un nombre réduit de riches se compare à la multitude de ceux qui ne le sont pas, c’est avec un sentiment de légitimité ceux qui pâtissent le plus de cet ordonnancement qui le scrutent lorsqu’ils sont préoccupés d’inégalités sociales. Guidés par leurs sentiments et leurs émotions ; oubliant les hasards de l’héritage génétique, social et culturel de chacun à sa naissance, ils les imputent alors sommairement à la volonté cupide de ceux qui en occupent le sommet. Ne prennent-ils pas ce faisant les effets pour la cause ? Ils s’obstinent en tout cas à ignorer que les écarts de richesse existant entre les individus résultent avant tout de la conjugaison du caractère pyramidal de la société avec la richesse collective de ceux qui en habitent les différents étages. Et c’est ainsi l’aspect le plus fondamental et incontournable de la condition humaine qu’ignorent ou refusent de reconnaître les rêveurs de toutes tendances, encouragées par une science qui, là plus qu’ailleurs, ne cesse de compliquer ce qui est simple, au point de le faire oublier. Or, si toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire, par crainte d’accroître l’angoisse existentielle du plus grand nombre, en est-il une qu’il faudrait moins cacher à ceux qui cherchent à comprendre ce qu’ils sont ; quel est leur rôle dans une société qui en distribue d’innombrables, selon une hérédité aussi hasardeuse que les circonstances dans lesquelles ils exprimeront leurs facultés et exerceront leurs efforts ; et surtout, quelles sont leurs possibilités et leur liberté de changer  leur sort ? N’est-il pas aussi légitime de la part de l’être humain de vouloir connaître sa propre condition, qu’est indispensable cette connaissance à qui prétend l’améliorer ou cherche à s’en accommoder au mieux ? Et qu’est-il de plus obscurantiste que de s’en désintéresser, ou de s’y refuser, sous prétexte que cette vérité heurte l’idée que l’homme se fait de lui-même ?

La pyramide sociale exprime clairement une hiérarchie allant de son apex vers sa base, comme il en a toujours été des parents avec leurs enfants, du maître avec ses élèves, de l’élu avec les citoyens, du prêtre avec ses ouailles, du patron avec ses collaborateurs, du chef avec ses subordonnés, etc. Dans les structures les moins formelles, celui qui détient un pouvoir l’exerce sur ceux dont le pouvoir est moindre, dans la concurrence des facultés innées ou acquises de chacun. Il n’est pour s’en rendre compte que de penser à la plus emblématique d’entre elles qu’est de nos jours Internet. Aussi étendu, diversifié et diffus que soit ce réseau, ceux qui le forment s’inscrivent eux aussi dans un enchaînement de dépendances ; sont soumis à des directives venant “d’en haut” ; adoptent des comportements découlant d’orientations et de décisions définies et coordonnées à un sommet où siègent ceux qui l’ont conçu, se le sont approprié et le dirigent – ce qui ne devrait qu’empirer avec l’IA –. En émergent des maîtres à penser et des gouvernants d’un nouveau genre, dont le pouvoir doit tout à un droit d’expression quasi illimité offert à tous, sans distinction de savoirs ni de capacités, la force du nombre y faisant la loi, par un assentiment, une indifférence ou un rejet ayant nullement à se justifier. C’est donc encore et probablement pour longtemps la hiérarchie par l’interdépendance qui structurera la société humaine, dans l’altérité de ses représentants.

Comme déjà évoqué, le degré d’autorité comme d’assujettissement qu’exprime la position de chacun dans la pyramide sociale, est d’abord celui dont il hérite à sa naissance. Cette situation peut évoluer ensuite et s’exprimer pour le meilleur et pour le pire, selon les circonstances et les facultés de chacun (talent, force, intelligence, imagination, initiative, ambition, esprit d’entreprise, sens de l’effort ; ou leurs contraires), mais quand il procréera, chacun le fera dans sa condition du moment, en transmettant à sa progéniture ce qui la caractérise en termes de positionnement dans la pyramide sociale. Le pauvre, qui loge en un endroit quelconque de la base de la pyramide, procrée à cet endroit ; et il en est de même pour celui qui occupe un point quelconque de son sommet. En d’autres termes, un pauvre ne peut enfanter que des pauvres, comme un riche ne peut enfanter que des riches, tant que la position de l’un comme de l’autre dans la pyramide sociale n’a pas été changée, dans un sens comme dans l’autre, par les aléas heureux ou malheureux de son existence. Nous reviendrons sur les questions particulières que soulève l’héritage matériel, lorsque nous approfondirons les notions comparées de richesse et de pauvreté.

Quoi qu’il en soit, si “corps social” n’est jamais aussi bien employé que lorsque la pyramide le représente, le terme même de “Pyramide sociale” est apparemment tellement ignoré de la plupart des experts en sciences dites humaine, qu’il ne figure pas davantage que sa moindre évocation dans le Dictionnaire de la sociologie (Larousse, 1989), à la rédaction duquel ont pourtant contribué 62 chercheurs, professeurs d’université et autres spécialistes qualifiés. Et encore aujourd’hui (2025), il en est de même sur des sites internet dédiés non seulement à la sociologie, mais à l’économie, à la démographie, etc. comme en témoigne le lexique publié en ligne sur celui de l’Institut des Sciences Économiques et Sociales. Même l’Index des notions, du cours de sociologie générale de Pierre Bourdieu au Collège de France (1982-1983), n’en fait pas la moindre mention, alors que la notion de “champ social” du même expert, emprunte comme la “pyramidologie sociale”, au raisonnement “logico-expérimental” de Vilfredo Pareto, après qu’il en eut lui-même tiré sa loi des 20/80 %.

Si le principe de Pareto est mis en relation avec la pyramidologie sociale, pour en faciliter la compréhension générale, avant de passer à une série de schémas complémentaires, il doit être noté que le constat de cet économiste et mathématicien, selon lequel 80 % des richesses de son pays étaient détenues par 20 % de sa population, ses pourcentages deviennent 86/14%, dans la pyramide sociale, suivant la même démarche logico-expérimentale – ou logico-déductive –, par la seule 3ᵉ dimension qu’introduit le caractère pyramidal de toute structure sociale –, dont Pareto semble ne pas avoir tenu compte, tant en mathématicien qu’en sociologue.

Nous verrons à ce sujet, que le même principe conduit à s’interroger sur l’application de paramètres linéaires et décimaux, tels que notamment : quantiles, déciles, centiles ; indice de Gini… à l’ensemble des sciences sociales, comme si tous les occupants de la pyramide sociale et ceux d’une même catégorie sociale vivaient leur sort à effectifs égaux, en négligeant l’altérité de ses occupants, fondement même de son caractère pyramidal.

C’est la fonction avant tout économique des êtres humains, et l’incidence de chacun d’entre eux sur la richesse de la collectivité – que ce soit en termes de consommation ou de production – qui détermine sa position dans la pyramide sociale, mais dans une prolifération des pauvres trop facilement masquée par la réussite sociale de ceux qui ne le sont pas, quelles qu’en soient les raisons. Or, les avancées techniques et scientifiques – dont les NTIC – sont sans effet sur une démographie qui persiste et persistera encore longtemps de croître à une cadence supérieure à 200 000 humains quotidiennement. Au point qu’il y ait plus que jamais lieu de s’inquiéter du rythme auquel continueront de se multiplier structurellement les plus pauvres – pour autant que cette multiplication puisse cesser un jour.

Les pouvoirs religieux et politiques, qui mènent le monde, désormais renforcés par le scientifique et le médiatique, continuent quant à eux de fermer les yeux sur le rapport structurel déterminant la répartition de la population entre riches et pauvres. Et ce n’est pas le relèvement annuel de quelques cents de l’indice de pauvreté absolue de la Banque Mondiale ou de l’ONU qui y changera quoi que ce soit.

Les pays du monde entier – à commencer par celui qui a si longtemps été considéré comme offrant le plus de chances aux plus pauvres d’améliorer leur condition, choisissent ce faisant de les abandonner à leur sort, moins soucieux que jamais de cette croissance démographique qui pourrait en demeurer pour longtemps encore la cause fondamentale.

Sans compter les effets de cette prolifération humaine sur son environnement, selon lesquels pauvres et riches confondus en serait à consommer en moins de six mois, ce que leur planète commune peut leur offrir pour les nourrir pendant un an. Cf. “Notre empreinte écologique”, éditions ÉCOSOCIÉTÉ.

Obsédé par la richesse matérielle qui oppose entre eux les individus peuplant la pyramide sociale, au détriment de leur complémentarité et de leur interdépendance, n’est-ce pas en négligeant les considérations ci-dessus que l’homme cherche vainement à vaincre une adversité sociale attachée à sa condition, ainsi que les maux qui en découlent, dont en premier lieu la pauvreté extrême, dont il n’est pas exagéré de dire qu’elle est la première plaie ouverte au flanc de l’humanité ?

L’histoire nous apprend en tous cas que guidé par des sentiments et l’émotion que peut susciter un manque d’équité aussi inhumain que flagrant, l’homme a opté pour une lutte des classes ayant partout et de tous temps fait la preuve de son impuissance – à en juger par la rémanence des revendications des nécessiteux qu’elle prétend défendre et imposer la dictature au monde entier, – tout en lui attribuant abusivement une amélioration des conditions d’existence de tous, due avant tout au progrès scientifique et technique. S’en tenant sommairement à un antagonisme entre pauvres et riches, il n’est pas tenu compte du fait qu’ils existent fatalement les uns par les autres, avec chacun ses facultés, inégalement réparties mais interdépendantes, les obligeant à la solidarité envers et contre tout, plutôt qu’à une lutte sans issue. Est-il trop tard pour réagir en conséquence, plutôt que de s’obstiner dans un combat primitif n’ayant pour résultat que d’aggraver frustrations et tensions de toutes parts ? D’autant qu’avant même sa condition sociale, l’homme doit dorénavant compter, dans une urgence sans cesse grandissante, avec son environnement planétaire et les conséquences écologiques de son aveuglement et de son imprévoyance.

C’est la conception d’une société évoluée et fondée sur la raison, comme est censée l’être celle d’êtres supérieurs que prétendent être les hommes, qui doit les inspirer, dès lors qu’ils peuvent s’accorder sur des faits et des chiffres irréfutables. Or, un raisonnement méthodique, se référant à des propriétés empruntées à la pyramide, conduit à un constat d’une vérité n’ayant d’égal que son évidence : À ses dimensions près, qui croissent et décroissent avec sa population et la richesse y étant associée, la structure générale de la pyramide sociale est aussi incontournable qu’immuable.

Après que riches et pauvres se soient différenciés pendant des millénaires dans une société dont les membres se comptaient en centaines de millions et étaient organisés de manière relativement simple, ils s’y comptent par milliards aujourd’hui et y sont organisés de manière infiniment plus complexe, et chaque jour plus globalisée par l’économie et le progrès technique et scientifique. La partition entre riches et pauvres n’en demeure pas moins, mais elle requiert, pour être quantifiée et analysée pour ce qu’elle est, une segmentation allant au-delà du binaire. C’est la raison pour laquelle la pyramide sociale est associée à une échelle de richesse à laquelle puisse être rapportée sa stratification.

Comme déjà souligné, la pyramide sociale a toujours été habitée, quels que soient l’époque et le lieu considérés, par deux parties d’une population se différenciant par leurs niveaux de richesse et de pauvreté : Les riches (dominants, puissants) occupent le sommet de la pyramide sociale, mobile et s’élevant depuis les origines de la société, proportionnellement à l’accroissement de son volume, représentatif de son peuplement total. Le plus fortuné de tous loge à son apex, dominant tous les autres jusqu’aux moins riches d’entre eux, qui voisinent avec les moins pauvres des pauvres.

Ces pauvres occupent quant à eux la partie inférieure de la pyramide sociale, jusqu’à sa base qui contrairement à son sommet est inamovible. C’est à cette base, ou à première proximité, que se situe la multitude des plus démunis ; c’est là que le niveau zéro de l’échelle de richesse coïncide avec la limite inférieure de la condition sociale, au-dessous de laquelle nul ne peut descendre, sauf à en être exclus.

1 CondorcetEsquisse d’un tableau historique de l’esprit humain, première époque

2 Traité de sociologie II, p. 180 - Payot 1968

3 Jean FourastiéPourquoi nous travaillons – PUF